Mon travail artistique est avant tout une histoire de partage et de rencontre. Au-delà des chemins parcourus et des paysages à contempler, il y a ces moments de grâces ou nos pas et nos regards se croisent, communiquent comme un battement d'aile et changent le cours de nos histoire.
Mon langage est celui du fil qui nous relie, nos gestes et savoirs faires qui se mélangent, l’essentiel de ma vie.
Le flux, la vague, l'onde, la musique de la vie font œuvre. Accueillir ces moments que l'on n’avait pas imaginé et créer à l’infini en toute amitié.
A la recherche de l'IKAT
En 2002, j’obtiens une bourse du Ministère de la Culture français, pour l’étude de la technique de l’Ikat au Weaver’s Service Center d’Hyderabad, atelier gouvernemental en Inde et une formation de teinture aux ateliers Pinton à Felletin, Aubusson (23).
L’Ikat s’élabore à partir d’un dessin aux figures géométriques. Les motifs sont réalisés avant le tissage. La magie orientale émanant d’une étoffe dont l’harmonie des dessins et les calculs géométriques ont la sagesse de se perdre dans les contours des motifs, semblant ainsi repousser leurs propres limites. Technique que j’ai enseignée à l’école des Arts Appliqués d’Aubusson. Technique que par la suite, je suis allée pratiquer en Indonésie et au Japon.
Dans mes différents voyages en Inde, je me suis passionnée pour cette pratique. Au Gujarat, près du village de Bhuj, la dernière famille de tisserands du double Ikat appelé le « Patolas », tissage de saris de mariage réservé à la riche société Indienne. Dans deux autres régions, en Orissa et dans l’Andhra Pradesh à Potchampally, ou je suis resté dans une famille qui m'avait accueilli. J'ai pu observer leurs gestes, y participer et leurs vies dédiées à la fabrication de ce tissu.
Plus tard je suis partie sur l'île de Flores en Indonésie ou j'ai été accueilli dans un atelier de tissage de femmes ou l'Ikat est tissé de manière très artisanale avec des métiers attachés à la taille.
En 2025 je pars au Japon ou l'Ikat et l'Indigo sont d'une rare finesse.
A Hainuka, à l‘usine de M. Shimogawa, les ouvrières m’ont ouvert la boîte de leurs savoirs faires. Sawada m’a dit son amour pour ce métier qu’elle espérait faire jusqu'à 80 ans. Naomie, la grand-mère, toujours présente à faire les canettes et à partager avec toutes, l’expérience d’une vie dans le tissage du Kassuri (Ikat). « Cette usine à presque 100ans et nous travaillons dur pour les 100 prochaines années. Notre fils a repris l’usine et notre petit fils a décidé de nous rejoindre »
Résidence
Art Collaboratif
Tisser la nature est une tapisserie végétale réalisée avec plus de 150 personnes, un assemblage de rectangles tissés à partir de végétaux récoltés là où nous sommes. Elle est le témoin d’une énergie collective, de rencontres, de partages et de savoirs faires.
Je tisse pour sublimer l'infiniment petit, attentive aux gestes qui font œuvre je vis la lenteur du procédé comme une réponse artistique face au tourbillon de la société qui nous engloutit. Je crée un monde préserver, un cocon dans lequel j’écoute et m’aligne au rythme de mes veines.
Ouvrir mes yeux sur ce qui est, là où je suis, m'apaise. Créer des alliances d'amitié et de considération entre humains, animaux et végétaux. Pactiser et continuer de semer dans le cycle de la vie, être en conscience de l’éclosion et de la disparition.
Dans le parc d’Espeyran, ça sent bon les plantes sauvage, restons sauvage pour ensauvager l'univers. Glaner est un acte politique, identifier, ramasser et réfléchir à la préciosité de la brindille. Le grand cèdre et le petit trèfle se côtoies, cohabitent, ils sont là l’un pour l’autre dans un écosystème, interdépendant de leurs relation. Soyons la les uns pour les autres en toute amitié et vivons l’instant comme s’il était le dernier, intensément.
Tisser la nature est une œuvre Land art, exposé en extérieur, qui évolue avec le temps, le temps de sa dégradation naturelle qui transforme et sublime l’œuvre. Face à l’infiniment grand, célébrer l’infiniment petit, que nous sommes, humble et dépendant de cette nature qui nous nourris, âme, esprit, poumons, ventre, un hommage au vivant. Accepter la disparation, ce préparé à la perte, exposées aux temps et soumises à l'érosion, cette œuvre à pour vocation de disparaître et de retourner à la terre.
Le paysage n’est pas un simple décor, mais une œuvre d’art en soi, un terrain de recherche et d’expression artistique. Nous sommes partie intégrante de cet environnement, et nos actions ont un impact sur lui, nous devons œuvrer pour le préserver.
Réfléchir sur l’éphémère et l’éternel, sur l’homme et la nature, sur l’artiste et son œuvre. Le Land art est une philosophie, une manière de voir et de comprendre le monde qui nous entoure.
« Cette œuvre est immersive. Il faut la regarder de loin, s'en approcher de plus en plus près jusqu'au plus petit détail d'infime brindille, passer (si possible seul.le) par derrière, accueillir toutes les sensations qui viennent nous chercher, sentir les odeurs d'herbes, se laisser dériver avec les ombres qui caressent la pierre, jouer à distinguer les arbres à travers, respirer aux gonflements du vent, écouter enfin les dizaines de mains à l'œuvre... ces doigts là sont puissants, ils tissent ce que nous devons nous efforcer d'être... des vivants parmi le vivant.
Que tissons-nous exactement avec ce que nous appelons "nature" ? Même si nous y trouvons une formidable source d’inspiration et de matériaux pour la création, ce ne peut plus être un lien de prédation mais bien plutôt d'interdépendance. C'est ce qui se trame justement dans cet herbier géant où mains et fibres découvrent en avançant un art de tisser l'humain avec l'humain et le végétal. Des rêves de tapisserie pour demain à brandir aux vents contraires... »
Florence Caudrelier